Le bridge est souvent considéré comme un jeu de cartes élitiste au vu de ses origines bourgeoises, mais plus particulièrement en raison de ses règles de jeu très complexes. On dit qu’il faut en moyenne 20 ans de pratique pour devenir un bon joueur de bridge. En effet, ce jeu est avant tout basé sur la stratégie et la réflexion, mais également sur un raisonnement mathématique. Nos voisins français l’ont bien compris en signant, en 2012, une convention entre l’Éducation nationale et la Fédération Française de Bridge (FFB) pour proposer l’enseignement du bridge en milieu scolaire, afin de favoriser la réussite des élèves en mathématique.

Des chercheurs performants, mais des élèves « à la traine »

Le niveau en mathématique des jeunes français ne cessent de baisser. En effet, chaque année environ 40 000 élèves sont concernés par « l'innumérisme ».

Pourtant, la France n’a pas à rougir de son niveau, car le pays est considéré comme le deuxième plus performant en matière de recherche, en témoigne notamment le nombre de médailles Fields, -une sorte de prix Nobel de mathématique- obtenues par la France lors de ces dernières années.

Le bridge, la solution ludique

Pour réconcilier les élèves avec les chiffres, les calculs et les probabilités, l’Éducation Nationale a compris qu’il s’agissait de rendre les mathématiques ludiques. Mission impossible ? C’était sans compter sur le bridge qui, bien qu’étant une activité complexe, reste avant tout un jeu de cartes et donc une activité ludique et amusante. Les élèves développent ainsi un esprit d’analyse, mais également des qualités de concentration, de mémorisation et un certain sens de l’initiative. Le bridge est également épatant pour entraîner les élèves au calcul mental, mais également pour les familiariser aux calculs de statistiques et de probabilités. Bien entendu, les professeurs commencent l’apprentissage du bridge de manière simple, en mettant de côté les notions de contrat ou d’enchère. Les élèves apprennent à leurs rythmes, et une fois qu’ils maitrisent complètement les règles de base du jeu de cartes, les enseignants sont à même de poursuivre l’apprentissage avec des notions plus complexes.

Les professeurs de mathématique ont la possibilité de suivre des formations auprès des comités régionaux de la Fédération Française de Bridge. On dénombre 148 professeurs formés en mai 2014 et parmi eux, 33 ont mis en place, dans leurs établissements, un atelier bridge tenu en dehors des heures de cours.

Est-ce que cela fonctionne ?

L’ensemble des élèves est plutôt réceptifs à ce nouveau système d’apprentissage. Comme en témoigne Pascal Evrard, professeur de mathématique au collège Montaigne, mais également joueur de bridge et qui est à l’initiative de ce pari fou. Il nous rapporte notamment que les élèves n’ont aucun à priori sur ce jeu, car ils n’ont, tout simplement, jamais eu l’opportunité d’y jouer.

Bien qu’il soit difficile de mesurer concrètement le résultat de l’enseignement du bridge sur les progrès en mathématique des élèves, Pascal Evrad soutient que le bridge aide à supprimer le blocage psychologique que certains élèves ressentent face aux mathématiques en les aident à prendre un peu plus confiance en eux. Il souligne également, que lorsqu’il propose des exercices à base de bridge les élèves participent d’avantage et restent concentrés tout au long de la leçon. Il nous rapporte aussi que les collégiens sont heureux de jouer ensemble. En effet, le bridge, étant un sport d’équipe, qui peut également favoriser le développement sociale de l’élève.